Free Fall : Renaissance – Chapitre 2 (Version Française)

Free Fall : Renaissance – Chapitre 2

Voici le deuxième chapitre de ma suite écrite au film Free Fall =) Bonne lecture et n’hésitez pas à me laisser votre avis en commentaire ou à partager 😉

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Lorsque je suis de retour à la caserne, il est environ 9h. Bien que le soleil soit désormais levé, il fait toujours assez frais à l’extérieur. Je rentre dans mon appartement et me prépare du thé afin de me réchauffer, puis je m’assois dans mon canapé et observe la cour extérieure par la baie vitrée. Ici et là, de nombreux membres de la Task s’activent pour partir en mission. Mon appartement est situé au troisième étage de l’immeuble, et surplombe la grande cour intérieure de la caserne. J’avale une gorgée du thé encore brûlant. Je sens sa chaleur m’irradier. Je profite de ces quelques minutes de répit avant de commencer ma journée pour consulter mon portable que j’avais laissé ici. Lorsque je vais courir, j’aime bien me couper de tout.

J’y trouve un message de Bettina. Celle-ci me demande s’il est possible de passer demain soir à la maison et souhaite une confirmation rapidement. Visiblement c’est assez urgent, et cela me fait un peu peur, car elle ne m’a jamais envoyé ce genre de message depuis notre rupture. En général, quand nous avons besoin de nous voir, nous préférons nous appeler, même si nos conversations ne durent jamais très longtemps. N’ayant rien de prévu demain soir, je lui confirme mon accord.

Je reste encore quelques instants à me détendre sur le sofa, quand j’entends quelqu’un frapper à la porte. Surpris, je vais ouvrir et découvre Matthias.

– Salut Marc ! La forme ? s’exclame-t-il en rentrant dans l’appartement sans y avoir été invité.

Matthias Pfeiffer est un ami que je me suis fait il y a deux mois. C’est un jeune homme de 25 ans aux cheveux blonds coupés courts et aux yeux verts. Il possède une carrure assez imposante, qui lui vient du sport qu’il pratique depuis son plus jeune âge, le rubgy. Il venait d’intégrer l’unité quand nous nous sommes rencontrés pour la première fois. Afin d’accueillir Matthias ainsi qu’un autre nouveau venu, tout le commando avait été dans un bar. Cela m’avait rappelé l’intégration inattendue de Kay à l’équipe quelques mois plus tôt … L’unité reste, mais les gens changent. Ces deux nouvelles recrues étaient arrivées pour combler les départs successifs de Kay et de Gregor.

– Ça peut aller, je réponds avec un léger sourire en refermant la porte.

Je m’étais rapidement lié d’amitié avec Matthias quand celui-ci avait commencé à me dévoiler son histoire personnelle. Lui et son frère cadet avaient été abandonnés par leur leurs parents alors qu’ils étaient encore très jeunes, et avaient ensuite été placés de familles en foyers. Le frère de Matthias, Lukas, était homosexuel, et de nature assez fragile et craintive. Matthias avait donc toujours été là pour le protéger et veiller sur lui.

Son histoire m’avait beaucoup touché, et j’ai senti que Matthias était en mesure de comprendre ma situation. C’est pourquoi, un mois après l’avoir rencontré, je lui avais également narré mon propre parcours, non sans crainte. En temps normal, il est très rare que j’ose me confier. J’avais heureusement eu le bon pressentiment, car Matthias s’était montré très compréhensif, et avait juré de garder le secret. Pouvoir parler de tout cela avec une personne extérieure m’avait fait un bien fou et m’avais enlevé un poids. J’avais ouvert ma porte à Matthias et j’espère que je n’aurai pas à le regretter un jour. Car s’il y a bien une chose dont je me suis rendu compte au fil des mois dans la police, c’est que c’est un milieu très fermé d’esprit et homophobe. Alors je dois à tout pris me cacher et me préserver.

Lorsque j’eus terminé de tout lui raconter, Matthias m’avait demandé si j’étais gay ou hétéro, si j’avais fais un choix. Je lui avais répondu que je n’en savais rien, qu’il n’y avait sans doute rien à choisir, juste à accepter. Je n’avais jamais ressenti d’attirance pour un autre homme que Kay. Il était le seul à avoir produit un tel effet sur moi. Il m’avait alors répondu que l’amour n’avait pas de frontière, et que l’homosexualité et l’hétérosexualité n’était au fond que la même chose. Car l’amour ne prévient jamais et qu’on ne sait jamais qui il frappera, et de quelle manière.

– Laisse-moi deviner, dit-il en s’asseyant dans le sofa, tu as été courir ?

Je hoche la tête de haut en bas en signe de réponse.

– Toujours pas de trace de Kay ?

– Toujours pas.

– Désolé, mec … Mais tu sais, je ne comprends pas pourquoi tu restes là à te lamenter. Depuis que je te connais, on dirait que tu essayes de tout faire pour l’oublier, mais quand je te regarde, je n’ai l’impression que d’une chose, s’arrête-t-il.

– Ah oui, et quoi ? je lui demande sur un ton légèrement agacé.

– Que tu meurs d’envie de le revoir.

– Arrête de raconter des conneries. Kay est parti. Ça fait plus de trois mois que je ne l’ai pas revu. Tout est terminé, je suis passé à autre chose.

– Tu n’as même pas essayé de l’appeler ? insiste-t-il.

– Si, bien sûr. Quand j’ai découvert qu’il avait quitté son appartement et l’unité sans me prévenir, j’ai essayé de le joindre sur son téléphone, mais la ligne était coupée. Il avait changé de numéro. Écoute Matthias, je n’ai pas vraiment envie de parler de ça …

– Bon bon bon, désolé, s’excuse-t-il en se relevant du canapé.

– Pourquoi tu es là au fait ?

– J’avais envie de venir te chercher pour partir ensemble à la caserne.

– C’est gentil. C’est vrai qu’il est déjà l’heure de partir. Alors allons-y.

Il est 9h30 quand nous arrivons dans le hall de la caserne. Je croise Britt, une de mes collègues, qui était aussi une amie proche de Kay. Elle est de ce fait au courant de toute l’histoire, mais, heureusement, a su garder sa langue. Elle me dévisage d’un regard sombre. Notre relation est devenue assez froide après tout ceci. Elle n’a sûrement pas dû apprécier mon comportement vis à vis de Kay ou même de ma famille. Tant qu’elle ne révèle rien aux autres, je ne veux surtout pas la froisser, alors j’évite autant que faire se peut de me mettre en travers de sa route.

Aujourd’hui, Frank n’est pas là car il a pris plusieurs jours de congés. La journée se passe plutôt rapidement. Nous sommes de patrouille jusque demain dans les rues d’une ville voisine où a lieu une manifestation culturelle en extérieur. En fin de journée, nous décidons avec Matthias d’aller boire un verre dans un bar.

Je vais au comptoir chercher deux bières ainsi qu’un bol de chips, puis je rejoins Matthias.

– Journée plutôt tranquille, hein ? s’enquiert-il.

– Oui ça peut aller, dis-je en avalant une gorgée de bière.

– Tu avais l’air un peu bizarre aujourd’hui, quelque chose te perturbe ?

– Qu’est-ce qui te faire dire ça ?

– Ça ne fait que deux mois que je te connais Marc Borgmann, mais ton petit manège du mec renfermé qui ne veut rien laisser transparaître ne marche pas avec moi.

Je ne réponds rien et attrape une chips.

– Quand on te connaît mieux, on sait tout de suite que quelque chose ne va pas, surtout quand tu fais cette tête, poursuit-il en pouffant de rire.

– C’est à propos de Bettina, lui avoué-je.

– Raconte-moi.

J’hésite quelques instants, mais je me décide finalement à parler.

– Elle m’a envoyé ce texto, ce matin. Elle veut que je vienne la voir demain soir, mais je ne sais pas vraiment pourquoi, et ça me fait un peu peur. J’ai le pressentiment que quelque chose va mal tourner.

– Ça ne peut pas être pire que ce que tu as déjà vécu.

– C’est vrai, mais, je ne sais pas … Ces derniers temps, elle me confie de plus en plus Max, alors qu’au début j’avais de la chance si je le voyais une fois toutes les trois semaines.

– C’est pour ça que tu avais changé d’appart’ d’ailleurs.

– Exact.

– Écoute, ne te tracasse pas. Tu verras bien ce qu’elle aura à te dire demain, d’accord ?

– J’espère que tu as raison …

– Et puis, de quoi tu te plains ? Sérieusement, combien d’hommes qui viennent de se séparer ont la chance de pouvoir continuer à voir leur enfant comme toi ? Bettina aurait très bien pu couper les ponts définitivement et t’empêcher de voir Max.

Une voix féminine s’élève soudain derrière Matthias :

– Salut les mecs, j’espère qu’on ne vous dérange pas. Lukas m’a dit que vous étiez ici, alors on a décidé de vous rejoindre.

C’est Steffi, la petite amie de Matthias. Elle est venue accompagnée de Lukas, le jeune frère de Matthias.

– Hey, salut beauté, s’exclame-t-il en se levant de sa chaise pour l’embrasser. Et toi, viens ici p’tit mec ! Il serre son frère dans ses bras puis lui chiffonne amicalement les cheveux.

Nous discutons tranquillement tous les quatre autour de nos verres. À un moment donné, l’envie me prend d’aller fumer une cigarette dehors. Quand je sors mon paquet, Lukas m’interpelle :

– Je viens avec toi ! Je m’en grillerais bien une aussi.

Nous sortons tous les deux devant le bar, et je lui offre une cigarette. J’ai essayé d’arrêter de fumer il y a quelques semaines, mais la tâche s’avéra bien plus compliquée que prévu. J’en ai conclu que ce n’était pas encore le moment pour moi. Un sentiment de bien-être m’envahit lorsque j’inspire ma première bouffée. J’observe Lukas. Il est légèrement plus grand que son frère, mais il a un corps fin, contrairement à Matthias. Ses cheveux sont aussi plus clairs.

– Alors, ça se passe bien à la caserne ? me demande Lukas.

– Ça peut aller. Ce n’est pas toujours évident. La routine quoi.

– Je vois … Je sais que je ne devrais peut-être pas te dire ça, mais Matthias m’a un peu parlé de ton histoire.

– Ah, je réponds sur un ton calme, alors qu’au fond de moi je suis un peu agacé par cette nouvelle. J’espère qu’il n’en a parlé à personne d’autre, m’inquiété-je. Je lui fais entièrement confiance. Ma réputation peut être complètement détruite en l’espace d’une journée. Tu ne sais pas comment ça fonctionne dans la police. J’ai pu m’en apercevoir il y a trois mois.

– Non, ne t’inquiètes pas, ton secret est bien gardé. La seule raison pour laquelle Matthias m’a parlé de tout ça, c’est parce que comme il te l’a déjà dit je suis gay, et je pense qu’il avait besoin d’avoir un point de vue externe.

– Et alors, tu lui as dit quoi ? je demande en tirant sur ma cigarette.

– Écoute … j’ai pratiquement dix ans de moins que toi, alors franchement je ne peux pas vraiment juger, surtout que ça ne me concerne pas, mais … quelque chose me chiffonne.

– Quoi donc ?

– Pourquoi tu n’as jamais essayé de retrouver Kay ?

Cette question me déstabilise tant que je laisse tomber ma cigarette au sol par inadvertance.

– Je suis désolé, Marc, je ne voulais pas … je ne voulais pas te brusquer, s’excuse Lukas.

– C’est rien. C’est juste que … je suis toujours gêné quand j’entends son nom. Et j’ai beaucoup de mal à en parler. Je ne suis pas le genre de mec à s’épancher sur ses problèmes personnels. Les plaies sont encore ouvertes. J’essaye de l’oublier, tu comprends ? Il a pris sa décision, il est parti.

Quelques secondes de silence s’ensuivent, que je décide de briser.

– Et puis, je ne sais même plus qui je suis. Ce que je suis. Je ne sais pas si j’aime les femmes, ou si j’aime les hommes.

Lukas pose sa main sur mon épaule et me fixe dans les yeux.

– Écoute Marc. Peut-être que tu n’as pas à choisir. Au fond, tu es toujours le même. Ce qui s’est passé entre toi et Kay dépasse la notion d’orientation. Dis-toi que tu n’es pas tombé amoureux d’un homme, mais d’un être humain. Nous sommes tous des êtres humains. Pourquoi vouloir à tout pris te placer dans une case ? Tu es ce que tu es, tu es qui tu es, et c’est tout ce qui compte. Ne te pose pas plus de questions. Plus tu te tortures l’esprit avec ça, plus ta vie sera compliquée. Crois-moi.

Ce discours de Lukas me frappe de plein fouet comme un boulet de canon. Il n’avait pas tord. J’étais trop tourmenté. Piégé dans un brouillard dont je n’arrivais pas à m’extirper depuis trois mois.

Un peu plus tard, lorsque je me glisse enfin sous les couettes de mon lit, je ne peux m’empêcher de repasser en boucle les déclarations de Lukas dans ma tête. « Pourquoi n’as-tu jamais essayé de retrouver Kay ? ». Jamais une seule seconde cette pensée ne m’avait effleuré l’esprit. Pour moi Kay avait pris sa décision et je n’avais pas le droit de la remettre en cause, de revenir en arrière. C’était le châtiment qu’on m’avait infligé, et je devais l’accepter. J’ai toujours cru qu’il n’y avait pas d’expiation possible. Il fallait continuer seul et me reconstruire.

Et si j’essayais de me lancer à sa recherche ? Non, c’est complètement fou … Je ne le retrouverai jamais. J’avais très vite pris la décision de ne pas le rattraper car la vérité, c’est que je m’étais aperçu que durant notre idylle, paradoxalement, plus je m’éloignais de Kay, plus j’avais envie de le rejoindre et être à ses côtés. Il fallait couper les ponts.

Je suis si tiraillé dans mes pensées que j’ouvre la baie vitrée de mon salon et allume une cigarette pour changer d’air. La grande cour intérieure de la caserne est calme, paisible. On n’entend plus un bruit.

Je repense aux moments intimes passés avec Kay. Plongé dans son regard et dans ses bras, je me sentais en sécurité, coupé du monde, loin de ma famille oppressante. Cette famille qui sans arrêt tentait de s’infiltrer dans ma vie, qui me posait tant de questions, qui voulait toujours tout savoir. Kay était mon jardin secret. Et grâce à lui, je n’avais plus l’impression d’étouffer. Non, je respirais.

Finalement, je regagne mon lit. N’arrivant toujours pas à trouver le sommeil, je décide de ressortir le dernier fragment qu’il me reste de Kay. Je ne l’ai pas eu entre mes mains depuis plus de deux mois. Il s’agit de son sweat bleu marine, qu’il mettait souvent quand nous allions courir. Je l’extirpe d’un tiroir de ma commode. Un jour, il me l’avait prêté, et je n’avais pas eu l’occasion de le lui rendre.

Je le serre contre moi, j’hume son odeur. C’est comme si Kay était de nouveau à mes côtés pour un cours instant. Je m’apaise, et sans m’en rendre compte, le sommeil m’enlace enfin.

* Task = La Task est une unité spéciale de la police Allemande. L’équivalent des CRS en France.

Musique du Chapitre


J’ai mis beaucoup de temps avant de me décider sur une musique. Et j’ai finalement choisi Fly. Je ne suis pas spécialement fan d’Hilary Duff, mais cette musique est vraiment superbe et les paroles correspondent parfaitement à l’idée de ce chapitre. À savoir qu’il est temps pour Marc de laisser ses tourments derrière lui, et surtout, d’ouvrir cette partie en lui qu’il tente de dissimuler. Et au final, positiver pour mieux avancer.

Pour voir les paroles : http://www.azlyrics.com/lyrics/hilaryduff/fly.html

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6 réflexions au sujet de « Free Fall : Renaissance – Chapitre 2 (Version Française) »

    1. milocorvinus Auteur de l’article

      Merci beaucoup pour ton commentaire =) Je suis ravi que cette suite te plaise ! La fin m’a également beaucoup frustré, et si cette suite peut permettre aux gens d’avoir une continuité alors c’est le principal ^^ J’ai un peu commencé l’écriture du chapitre 3 mais en ce moment je suis surtout en train de traduire le chapitre 2 en anglais, ce qui me prend pas mal de temps. J’espère pouvoir poster le chapitre 3 pour Mardi ou Mercredi 😉

      Répondre
  1. nico242

    Could you please translate this? I just red the previous chapter and I like the way you write. I’d love to continue reading but I don’t speak French.
    I hope to be able to read this soon

    Nico

    Répondre
    1. milocorvinus Auteur de l’article

      Hi Nico 🙂 Thanks for your comment ! I’ve translated all the chapters in English, you will be able to find them by clicking on « Free Fall 2 : Renaissance » in the top menu of the website 😉 Please tell me if you find them otherwise I will send you a direct link ! Romy

      Répondre

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