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Free Fall : Renaissance – Chapitre 3 (Version Française)

Free Fall 2 : Renaissance – Chapitre 3

Voici le chapitre 3 de ma suite au film Free Fall / Freier Fall ! J’espère qu’il vous plaira ! Un évènement inattendu attend Marc et cela risque de bouleverser un peu sa vie quotidienne.

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Je sens des mains douces remonter le long de mes hanches, caresser mon dos, puis m’enlacer. Je me retourne et contemple les yeux couleur bleue des mers de chine de Kay. Il m’adresse ce sourire angélique qu’il sait si bien faire. Je lui souris à mon tour et approche mon visage du sien. Je l’embrasse passionnément. Ses mains se posent sur mes joues. Je les sers tellement fort, comme si je ne voulais jamais les quitter. Il dépose un doux baiser sur le lobe de mon oreille gauche. Je succombe à son appel. Je l’enlace, je le prends dans mes bras. La chaleur de son corps nu réchauffe le mien.

Il pose sa tête au creux de mes épaules. Je lui embrasse le front délicatement. Notre étreinte dure quelques minutes, mais j’ai l’impression d’avoir perdu la notion de temps. J’aimerais rester avec Kay dans cette sphère paisible pour l’éternité.

Soudain, Kay relève sa tête et me regarde de son air innocent mais pourtant si malicieux. Sa voix sucrée effleure mes oreilles :

– Tu n’as jamais pensé à te casser quelque part ? Recommencer à zéro ?

Je le regarde avec un léger doute.

– Mais c’est ce que j’ai fait non ?

– Alors pourquoi nous ne sommes pas ensemble Marc ? Où es-tu ? Viens me chercher. Ne me laisse plus seul, dans les ténèbres.

Je me réveille brusquement, recouvert de sueur. Je respire difficilement.

– Kay … ? Kay !!! crie-je en vérifiant les draps à côté de moi.

C’est seulement au bout de plusieurs secondes que je me rends compte que je sors d’un rêve. Tout ça avait l’air si réel. Pourquoi me suis-je réveillé ? J’aurais voulu rester là avec lui encore et encore. Je n’en peux plus et je craque. Des larmes commencent à inonder mes joues.

– Kay … je balbutie en pleurant.

Je vérifie à nouveau mon lit, dans un fol espoir que Kay ait bien été présent. Mais il n’y a rien ni personne. Juste le vide laissé par Kay.

– Merde ! je hurle en lançant un coussin à travers la pièce.

À partir de cet instant, il n’est clairement plus possible de me rendormir. Ce rêve si doux mais si dur hante mon esprit. Je jette un œil à mon réveil : il est 3h50. Comme je tourne en rond depuis dix minutes, je décide d’enfiler rapidement un pantalon de sport et un sweat. J’attrape une serviette et mon maillot de bain que je fourre dans un sac, puis je sors de mon appartement. Je traverse aussi discrètement que possible la cour, puis rejoints le grand bâtiment où est située la piscine de la caserne.

Il est normalement interdit d’y aller la nuit, mais à cette heure, je ne risque pas de me faire prendre. Je me déshabille, enfile mon maillot de bain, puis me plonge doucement dans l’eau tiède. Cela me fait un bien fou. Je sens mes muscles se décontracter, se détendre. Je prends une grande inspiration puis j’effectue quelques longueurs à la brasse. Enfin, je décide de simplement me mettre sur le dos, comme si j’étais allongé sur l’eau, puis me laisse porter par le courant. Mes oreilles sont dans l’eau et je n’entends plus rien hormis les bruits aquatiques. Quel calme. Je ferme mes yeux. Je repense à la fois où Kay et moi avions fait les fous dans la piscine. Juste après notre brimade par Werner Brandt. C’est vraiment là que nous avions commencé à nous lier d’amitié. Sacré Kay. Il était toujours prêt à enfreindre les règles. Il se fichait bien d’être attrapé ou de ce qu’on aurait pu lui dire. Il savait pimenter sa vie, être insouciant, ouvrir son cœur en grand. Mon exact opposé. Tout l’inverse de moi. Je crois que c’est pour ça qu’il m’a attiré dès le départ.

Je me fonds dans ces pensées paisibles et me laisse aller au fil de l’eau. J’ignore combien de temps je reste ainsi, mais au bout d’un moment je me décide à rentrer à l’appartement avant qu’on ne me prenne sur le fait accompli. Certains officiers arrivent assez tôt à la caserne. Je sors de l’eau, me sèche, me rhabille puis regagne l’appartement.

Jusqu’au petit matin, je lis un bouquin et je regarde la télé. Vers 9h15, je rejoins la caserne pour partir en mission. Aujourd’hui, nous couvrons de nouveau l’événement culturel de la veille. Tout se passe bien.

En fin d’après-midi, alors que nous nous apprêtons à rentrer à la caserne, nous recevons un appel urgent du poste central nous annonçant que des débordements ont lieu dans la banlieue chaude d’une ville voisine. Nous sommes tous réquisitionnés, ainsi que d’autres unités proches des lieux, afin d’intervenir rapidement.

– Merde, lance Matthias sur un ton ironique. Moi qui pensait rentrer tranquillement ce soir !

– La ferme, Pfeiffer, peste Werner Brandt. Contente-toi de suivre les ordres !

Je maudits intérieurement cette mission de dernière minute, car Bettina m’a donné rendez-vous ce soir, et j’ai laissé mon portable à la caserne. Impossible de la prévenir.

– Merde, je murmure en silence.

Sur place, c’est le chaos. Visiblement, un large groupe de casseurs a décidé d’en découdre avec la police. Il nous faut plusieurs heures avant de rétablir le calme. À un moment donné, perdu dans mes pensées, je ne fais pas attention à un jeune qui fonce sur moi avec une batte de baseball dans la main. Je reçois un coup à l’épaule droite. Je me retourne aussitôt et aperçois la batte se diriger en plein sur mon visage. Heureusement, Matthias arrive à temps et se jette sur le forcené, le bloquant au sol puis le menottant.

– Merci … je murmure à Matthias.

– Qu’est-ce qui t’arrive mec, ressaisis-toi, on est pas en balade là !

– Promis.

Quand la mission se termine enfin et que nous rentrons, il est près de 23h30. Je sors du camion anti-émeute en courant et retire mon équipement en toute hâte dans les vestiaires. Je ne prends pas de douche et fonce directement vers ma Golf.

J’arrive à la maison vers minuit. Je sonne à la porte mais personne ne répond. Pourtant je vois de la lumière à travers la vitre. J’ouvre machinalement la porte.

– Bettina ? je crie.

Aucune réponse. Quand j’arrive dans le salon, je découvre Max dans son landau. Celui-ci est déjà tout prêt, comme s’il était sur le point d’être emmené. Un sac d’affaires est posé juste à côté. Je jette un œil rapidement dans toutes les pièces, mais aucune trace de Bettina. Je reviens vers Max qui commence à s’agiter et le prend dans mes bras.

– Alors mon bébé. Chut. Là.

Je le berce quelques instants, l’embrasse, puis le replace dans son landau. C’est en le repositionnant que je découvre une enveloppe de la part de Bettina sur le canapé. Je l’attrape et y trouve une lettre :

– « Marc … Je ne peux plus continuer comme ça. J’ai essayé de résister autant que j’ai pu, de tenir bon, mais je suis arrivé au bout de mes limites. J’aime Max de tout mon cœur, mais avec notre rupture quelque chose s’est brisé. Max est notre fils. Je voulais que nous l’élevions ensemble. J’avais tellement de rêves. Et ils se sont tous effondrés. Je ne vais pas épiloguer longtemps … Je te confie la garde de Max. Je ne peux pas élever un enfant qui n’aura jamais son père à ses côtés. Je suis désolée, Marc. Ce n’est pas l’idée que je m’étais faite de la famille. Je ne supporte plus d’être seule avec lui. N’essaye pas de me faire changer d’avis. Ne m’attend pas. Je ne reviendrai pas avant plusieurs jours. J’espère que tu comprendras. Bettina. »

– Merde, je hurle en lançant sa lettre à travers la pièce.

Comment pouvait-elle me faire ça ? Je sens la colère m’envahir. Bien évidemment, je serais le plus heureux des pères si je pouvais avoir Max, mais je vis dans une caserne, dans un petit appartement. Est-ce un lieu vraiment approprié pour élever un enfant ? A-t-elle pensé à tout cela ?

J’entends Max qui se met à pleurer. Je le prends dans mes bras pour le réconforter et il se calme peu à peu. Des larmes commencent aussi à se répandre sur mes joues.

– T’inquiètes pas petit bonhomme, papa sera toujours là pour toi. Je ne te laisserai jamais tomber, je lui susurre à l’oreille.

J’attrape l’enveloppe de Bettina et y découvre une liasse de billets accompagnée d’un petit mot : «Marc, voici tout l’argent que tu m’as envoyé depuis notre rupture, et un peu plus. Je ne l’ai jamais utilisé. J’espère que ça t’aidera. Bettina. ». Elle croit vraiment que l’argent réglera tout ? Ça m’aidera, mais ça n’arrangera pas tout.

Je n’ai plus rien à faire ici. Je replace Max dans son landau. Je passe de pièce en pièce et ferme toutes les lumières ainsi que les volets. Quand je reviens vers Max, celui-ci s’est paisiblement endormi. J’emporte son landau ainsi que plusieurs boites de lait en poudre et des biberons. Enfin, je referme à clef à la maison et m’avance de quelques pas.

J’y jette un dernier coup d’œil puis je regarde Max et pour la première fois depuis longtemps, en l’observant, mon visage s’illumine. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai le sentiment qu’une nouvelle vie m’attend. Avancer, ne plus se retourner.

Musique du Chapitre

Free Fall : Renaissance – Chapitre 2 (Version Française)

Free Fall : Renaissance – Chapitre 2

Voici le deuxième chapitre de ma suite écrite au film Free Fall =) Bonne lecture et n’hésitez pas à me laisser votre avis en commentaire ou à partager 😉

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Lorsque je suis de retour à la caserne, il est environ 9h. Bien que le soleil soit désormais levé, il fait toujours assez frais à l’extérieur. Je rentre dans mon appartement et me prépare du thé afin de me réchauffer, puis je m’assois dans mon canapé et observe la cour extérieure par la baie vitrée. Ici et là, de nombreux membres de la Task s’activent pour partir en mission. Mon appartement est situé au troisième étage de l’immeuble, et surplombe la grande cour intérieure de la caserne. J’avale une gorgée du thé encore brûlant. Je sens sa chaleur m’irradier. Je profite de ces quelques minutes de répit avant de commencer ma journée pour consulter mon portable que j’avais laissé ici. Lorsque je vais courir, j’aime bien me couper de tout.

J’y trouve un message de Bettina. Celle-ci me demande s’il est possible de passer demain soir à la maison et souhaite une confirmation rapidement. Visiblement c’est assez urgent, et cela me fait un peu peur, car elle ne m’a jamais envoyé ce genre de message depuis notre rupture. En général, quand nous avons besoin de nous voir, nous préférons nous appeler, même si nos conversations ne durent jamais très longtemps. N’ayant rien de prévu demain soir, je lui confirme mon accord.

Je reste encore quelques instants à me détendre sur le sofa, quand j’entends quelqu’un frapper à la porte. Surpris, je vais ouvrir et découvre Matthias.

– Salut Marc ! La forme ? s’exclame-t-il en rentrant dans l’appartement sans y avoir été invité.

Matthias Pfeiffer est un ami que je me suis fait il y a deux mois. C’est un jeune homme de 25 ans aux cheveux blonds coupés courts et aux yeux verts. Il possède une carrure assez imposante, qui lui vient du sport qu’il pratique depuis son plus jeune âge, le rubgy. Il venait d’intégrer l’unité quand nous nous sommes rencontrés pour la première fois. Afin d’accueillir Matthias ainsi qu’un autre nouveau venu, tout le commando avait été dans un bar. Cela m’avait rappelé l’intégration inattendue de Kay à l’équipe quelques mois plus tôt … L’unité reste, mais les gens changent. Ces deux nouvelles recrues étaient arrivées pour combler les départs successifs de Kay et de Gregor.

– Ça peut aller, je réponds avec un léger sourire en refermant la porte.

Je m’étais rapidement lié d’amitié avec Matthias quand celui-ci avait commencé à me dévoiler son histoire personnelle. Lui et son frère cadet avaient été abandonnés par leur leurs parents alors qu’ils étaient encore très jeunes, et avaient ensuite été placés de familles en foyers. Le frère de Matthias, Lukas, était homosexuel, et de nature assez fragile et craintive. Matthias avait donc toujours été là pour le protéger et veiller sur lui.

Son histoire m’avait beaucoup touché, et j’ai senti que Matthias était en mesure de comprendre ma situation. C’est pourquoi, un mois après l’avoir rencontré, je lui avais également narré mon propre parcours, non sans crainte. En temps normal, il est très rare que j’ose me confier. J’avais heureusement eu le bon pressentiment, car Matthias s’était montré très compréhensif, et avait juré de garder le secret. Pouvoir parler de tout cela avec une personne extérieure m’avait fait un bien fou et m’avais enlevé un poids. J’avais ouvert ma porte à Matthias et j’espère que je n’aurai pas à le regretter un jour. Car s’il y a bien une chose dont je me suis rendu compte au fil des mois dans la police, c’est que c’est un milieu très fermé d’esprit et homophobe. Alors je dois à tout pris me cacher et me préserver.

Lorsque j’eus terminé de tout lui raconter, Matthias m’avait demandé si j’étais gay ou hétéro, si j’avais fais un choix. Je lui avais répondu que je n’en savais rien, qu’il n’y avait sans doute rien à choisir, juste à accepter. Je n’avais jamais ressenti d’attirance pour un autre homme que Kay. Il était le seul à avoir produit un tel effet sur moi. Il m’avait alors répondu que l’amour n’avait pas de frontière, et que l’homosexualité et l’hétérosexualité n’était au fond que la même chose. Car l’amour ne prévient jamais et qu’on ne sait jamais qui il frappera, et de quelle manière.

– Laisse-moi deviner, dit-il en s’asseyant dans le sofa, tu as été courir ?

Je hoche la tête de haut en bas en signe de réponse.

– Toujours pas de trace de Kay ?

– Toujours pas.

– Désolé, mec … Mais tu sais, je ne comprends pas pourquoi tu restes là à te lamenter. Depuis que je te connais, on dirait que tu essayes de tout faire pour l’oublier, mais quand je te regarde, je n’ai l’impression que d’une chose, s’arrête-t-il.

– Ah oui, et quoi ? je lui demande sur un ton légèrement agacé.

– Que tu meurs d’envie de le revoir.

– Arrête de raconter des conneries. Kay est parti. Ça fait plus de trois mois que je ne l’ai pas revu. Tout est terminé, je suis passé à autre chose.

– Tu n’as même pas essayé de l’appeler ? insiste-t-il.

– Si, bien sûr. Quand j’ai découvert qu’il avait quitté son appartement et l’unité sans me prévenir, j’ai essayé de le joindre sur son téléphone, mais la ligne était coupée. Il avait changé de numéro. Écoute Matthias, je n’ai pas vraiment envie de parler de ça …

– Bon bon bon, désolé, s’excuse-t-il en se relevant du canapé.

– Pourquoi tu es là au fait ?

– J’avais envie de venir te chercher pour partir ensemble à la caserne.

– C’est gentil. C’est vrai qu’il est déjà l’heure de partir. Alors allons-y.

Il est 9h30 quand nous arrivons dans le hall de la caserne. Je croise Britt, une de mes collègues, qui était aussi une amie proche de Kay. Elle est de ce fait au courant de toute l’histoire, mais, heureusement, a su garder sa langue. Elle me dévisage d’un regard sombre. Notre relation est devenue assez froide après tout ceci. Elle n’a sûrement pas dû apprécier mon comportement vis à vis de Kay ou même de ma famille. Tant qu’elle ne révèle rien aux autres, je ne veux surtout pas la froisser, alors j’évite autant que faire se peut de me mettre en travers de sa route.

Aujourd’hui, Frank n’est pas là car il a pris plusieurs jours de congés. La journée se passe plutôt rapidement. Nous sommes de patrouille jusque demain dans les rues d’une ville voisine où a lieu une manifestation culturelle en extérieur. En fin de journée, nous décidons avec Matthias d’aller boire un verre dans un bar.

Je vais au comptoir chercher deux bières ainsi qu’un bol de chips, puis je rejoins Matthias.

– Journée plutôt tranquille, hein ? s’enquiert-il.

– Oui ça peut aller, dis-je en avalant une gorgée de bière.

– Tu avais l’air un peu bizarre aujourd’hui, quelque chose te perturbe ?

– Qu’est-ce qui te faire dire ça ?

– Ça ne fait que deux mois que je te connais Marc Borgmann, mais ton petit manège du mec renfermé qui ne veut rien laisser transparaître ne marche pas avec moi.

Je ne réponds rien et attrape une chips.

– Quand on te connaît mieux, on sait tout de suite que quelque chose ne va pas, surtout quand tu fais cette tête, poursuit-il en pouffant de rire.

– C’est à propos de Bettina, lui avoué-je.

– Raconte-moi.

J’hésite quelques instants, mais je me décide finalement à parler.

– Elle m’a envoyé ce texto, ce matin. Elle veut que je vienne la voir demain soir, mais je ne sais pas vraiment pourquoi, et ça me fait un peu peur. J’ai le pressentiment que quelque chose va mal tourner.

– Ça ne peut pas être pire que ce que tu as déjà vécu.

– C’est vrai, mais, je ne sais pas … Ces derniers temps, elle me confie de plus en plus Max, alors qu’au début j’avais de la chance si je le voyais une fois toutes les trois semaines.

– C’est pour ça que tu avais changé d’appart’ d’ailleurs.

– Exact.

– Écoute, ne te tracasse pas. Tu verras bien ce qu’elle aura à te dire demain, d’accord ?

– J’espère que tu as raison …

– Et puis, de quoi tu te plains ? Sérieusement, combien d’hommes qui viennent de se séparer ont la chance de pouvoir continuer à voir leur enfant comme toi ? Bettina aurait très bien pu couper les ponts définitivement et t’empêcher de voir Max.

Une voix féminine s’élève soudain derrière Matthias :

– Salut les mecs, j’espère qu’on ne vous dérange pas. Lukas m’a dit que vous étiez ici, alors on a décidé de vous rejoindre.

C’est Steffi, la petite amie de Matthias. Elle est venue accompagnée de Lukas, le jeune frère de Matthias.

– Hey, salut beauté, s’exclame-t-il en se levant de sa chaise pour l’embrasser. Et toi, viens ici p’tit mec ! Il serre son frère dans ses bras puis lui chiffonne amicalement les cheveux.

Nous discutons tranquillement tous les quatre autour de nos verres. À un moment donné, l’envie me prend d’aller fumer une cigarette dehors. Quand je sors mon paquet, Lukas m’interpelle :

– Je viens avec toi ! Je m’en grillerais bien une aussi.

Nous sortons tous les deux devant le bar, et je lui offre une cigarette. J’ai essayé d’arrêter de fumer il y a quelques semaines, mais la tâche s’avéra bien plus compliquée que prévu. J’en ai conclu que ce n’était pas encore le moment pour moi. Un sentiment de bien-être m’envahit lorsque j’inspire ma première bouffée. J’observe Lukas. Il est légèrement plus grand que son frère, mais il a un corps fin, contrairement à Matthias. Ses cheveux sont aussi plus clairs.

– Alors, ça se passe bien à la caserne ? me demande Lukas.

– Ça peut aller. Ce n’est pas toujours évident. La routine quoi.

– Je vois … Je sais que je ne devrais peut-être pas te dire ça, mais Matthias m’a un peu parlé de ton histoire.

– Ah, je réponds sur un ton calme, alors qu’au fond de moi je suis un peu agacé par cette nouvelle. J’espère qu’il n’en a parlé à personne d’autre, m’inquiété-je. Je lui fais entièrement confiance. Ma réputation peut être complètement détruite en l’espace d’une journée. Tu ne sais pas comment ça fonctionne dans la police. J’ai pu m’en apercevoir il y a trois mois.

– Non, ne t’inquiètes pas, ton secret est bien gardé. La seule raison pour laquelle Matthias m’a parlé de tout ça, c’est parce que comme il te l’a déjà dit je suis gay, et je pense qu’il avait besoin d’avoir un point de vue externe.

– Et alors, tu lui as dit quoi ? je demande en tirant sur ma cigarette.

– Écoute … j’ai pratiquement dix ans de moins que toi, alors franchement je ne peux pas vraiment juger, surtout que ça ne me concerne pas, mais … quelque chose me chiffonne.

– Quoi donc ?

– Pourquoi tu n’as jamais essayé de retrouver Kay ?

Cette question me déstabilise tant que je laisse tomber ma cigarette au sol par inadvertance.

– Je suis désolé, Marc, je ne voulais pas … je ne voulais pas te brusquer, s’excuse Lukas.

– C’est rien. C’est juste que … je suis toujours gêné quand j’entends son nom. Et j’ai beaucoup de mal à en parler. Je ne suis pas le genre de mec à s’épancher sur ses problèmes personnels. Les plaies sont encore ouvertes. J’essaye de l’oublier, tu comprends ? Il a pris sa décision, il est parti.

Quelques secondes de silence s’ensuivent, que je décide de briser.

– Et puis, je ne sais même plus qui je suis. Ce que je suis. Je ne sais pas si j’aime les femmes, ou si j’aime les hommes.

Lukas pose sa main sur mon épaule et me fixe dans les yeux.

– Écoute Marc. Peut-être que tu n’as pas à choisir. Au fond, tu es toujours le même. Ce qui s’est passé entre toi et Kay dépasse la notion d’orientation. Dis-toi que tu n’es pas tombé amoureux d’un homme, mais d’un être humain. Nous sommes tous des êtres humains. Pourquoi vouloir à tout pris te placer dans une case ? Tu es ce que tu es, tu es qui tu es, et c’est tout ce qui compte. Ne te pose pas plus de questions. Plus tu te tortures l’esprit avec ça, plus ta vie sera compliquée. Crois-moi.

Ce discours de Lukas me frappe de plein fouet comme un boulet de canon. Il n’avait pas tord. J’étais trop tourmenté. Piégé dans un brouillard dont je n’arrivais pas à m’extirper depuis trois mois.

Un peu plus tard, lorsque je me glisse enfin sous les couettes de mon lit, je ne peux m’empêcher de repasser en boucle les déclarations de Lukas dans ma tête. « Pourquoi n’as-tu jamais essayé de retrouver Kay ? ». Jamais une seule seconde cette pensée ne m’avait effleuré l’esprit. Pour moi Kay avait pris sa décision et je n’avais pas le droit de la remettre en cause, de revenir en arrière. C’était le châtiment qu’on m’avait infligé, et je devais l’accepter. J’ai toujours cru qu’il n’y avait pas d’expiation possible. Il fallait continuer seul et me reconstruire.

Et si j’essayais de me lancer à sa recherche ? Non, c’est complètement fou … Je ne le retrouverai jamais. J’avais très vite pris la décision de ne pas le rattraper car la vérité, c’est que je m’étais aperçu que durant notre idylle, paradoxalement, plus je m’éloignais de Kay, plus j’avais envie de le rejoindre et être à ses côtés. Il fallait couper les ponts.

Je suis si tiraillé dans mes pensées que j’ouvre la baie vitrée de mon salon et allume une cigarette pour changer d’air. La grande cour intérieure de la caserne est calme, paisible. On n’entend plus un bruit.

Je repense aux moments intimes passés avec Kay. Plongé dans son regard et dans ses bras, je me sentais en sécurité, coupé du monde, loin de ma famille oppressante. Cette famille qui sans arrêt tentait de s’infiltrer dans ma vie, qui me posait tant de questions, qui voulait toujours tout savoir. Kay était mon jardin secret. Et grâce à lui, je n’avais plus l’impression d’étouffer. Non, je respirais.

Finalement, je regagne mon lit. N’arrivant toujours pas à trouver le sommeil, je décide de ressortir le dernier fragment qu’il me reste de Kay. Je ne l’ai pas eu entre mes mains depuis plus de deux mois. Il s’agit de son sweat bleu marine, qu’il mettait souvent quand nous allions courir. Je l’extirpe d’un tiroir de ma commode. Un jour, il me l’avait prêté, et je n’avais pas eu l’occasion de le lui rendre.

Je le serre contre moi, j’hume son odeur. C’est comme si Kay était de nouveau à mes côtés pour un cours instant. Je m’apaise, et sans m’en rendre compte, le sommeil m’enlace enfin.

* Task = La Task est une unité spéciale de la police Allemande. L’équivalent des CRS en France.

Musique du Chapitre


J’ai mis beaucoup de temps avant de me décider sur une musique. Et j’ai finalement choisi Fly. Je ne suis pas spécialement fan d’Hilary Duff, mais cette musique est vraiment superbe et les paroles correspondent parfaitement à l’idée de ce chapitre. À savoir qu’il est temps pour Marc de laisser ses tourments derrière lui, et surtout, d’ouvrir cette partie en lui qu’il tente de dissimuler. Et au final, positiver pour mieux avancer.

Pour voir les paroles : http://www.azlyrics.com/lyrics/hilaryduff/fly.html

Free Fall : Renaissance – Chapitre 1 (Version Française)

Free Fall : Renaissance – Chapitre 1

Voici le premier chapitre de ma suite de Free Fall (Freier Fall), intitulée Renaissance ! Enjoy =) N’hésitez pas à laisser votre feedback !

Chapitre 1

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La rosée matinale se transforme peu à peu en une légère brume fraiche au fur et à mesure que le soleil se lève. La forêt est calme, déserte. C’est le moment que je préfère pour aller courir. Mais aussi pour me changer les idées, pour oublier.

Cela fait désormais trois mois que Kay s’est volatilisé dans la nature. Trois mois que Bettina et moi sommes en froid et que nous sommes séparés. Mon histoire avec Kay a bouleversé ma vie comme jamais. Tout s’est effondré autour de moi tandis que j’étais emporté dans cette spirale infernale, où je me suis moi-même engouffré quand j’ai succombé à cette passion dévorante partagée avec Kay.

Au début tout allait bien, mais je savais que tôt ou tard, cela changerait. Bettina est une femme intelligente, loin d’être idiote, et elle a senti dès le départ que quelque chose ne tournait plus rond avec moi. J’étais devenu trop distant, aussi bien sur le plan émotionnel que physique.

Je m’étais retrouvé face à un dilemme terrible : ma vie avec Bettina et mon enfant, ou mon amour naissant pour Kay. Je n’ai pas su faire de choix. Je n’ai pas su prendre de décision. Résultat : je les ai perdus tous les trois.

Cela été très dur. Au début, J’ai essayé de combler l’absence de Kay et la frustration de perdre ma femme et mon fils à l’aide de la drogue ou d’escapades dans des lieux peu recommandables et obscurs. Mais tout ceci ne m’apportait qu’illusion et désillusion. Et aucun réconfort. J’essayais de combler un vide qui jamais ne partirait.

Néanmoins, la vie devait continuer. Je m’étais fait une raison quelques temps après ce drame, et, d’une certaine manière, j’en ai aussi tiré du positif. Mon expérience avec Kay m’a permis d’aller grandement de l’avant et a levé le voile sur une partie de ma personnalité dont je ne soupçonnais même pas l’existence. Un endroit, caché en moi, clos au plus profond de mon être. Parfois, je me demande pourquoi je n’ai rien découvert avant ma rencontre avec Kay. Dans notre société, nous sommes tous si formatés et mis dans des cases dès la naissance qu’on ne nous laisse que trop rarement la chance de savoir qui nous sommes vraiment et ce que nous voulons vraiment être. Il faut parfois attendre la venue d’un ange gardien, d’une âme-sœur, pour le découvrir. Kay a joué ce rôle pour moi. Peut-être qu’aucun autre que lui n’aurait pu le faire si je ne l’avais jamais rencontré. Est-ce cela, le destin ?

Kay était le seul à avoir réussi à déverrouiller ce cadenas fiché en moi. Et je l’ai laissé m’échapper, pensant bêtement que ma relation avec Bettina pourrait reprendre, comme si rien ne s’était passé. En réalité, notre couple s’est brisé à l’instant même où j’ai rencontré Kay, mais je n’en avais pas encore conscience à ce moment là.

Je commence à m’échauffer en effectuant plusieurs foulées. Puis, quelques minutes après, je débute ma course sur le sentier de terre où Kay et moi avions l’habitude de courir. Sur ce sentier où tant de choses se sont produites. Je me demande pourquoi je continue à venir ici, alors que je pourrais très bien courir ailleurs. Je crois que, quelque part, inconsciemment, j’espère chaque jour où je viens ici que Kay m’attendra, comme autrefois. Mais jamais il ne vient. Et jamais il ne reviendra. Je ne peux plus m’accrocher à cet espoir désormais.

Tandis que je traverse un pont survolant un petit cours d’eau, je ne peux m’empêcher de remercier intérieurement Kay pour son entrainement. C’est grâce à lui si j’ai pu améliorer mon endurance à la course, qui était mon gros point faible et m’aurait valu un refus d’obtention d’examen pour intégrer définitivement l’unité des CRS. Kay m’avait non seulement aidé à rattraper les autres, mais plus encore, il m’avait aidé à me surpasser moi-même. Cela me redonna pour un court instant le sourire.

Bettina et moi avions décidé de mettre fin à notre relation peu après la disparation de Kay, car aucun de nous deux n’était plus en mesure de continuer sur cette voie. Peu importe les efforts que nous aurions pu fournir, cela n’aurait rien changé. Le mal avait été fait. J’étais donc parti de la maison où nous venions tout juste d’emménager, et je n’avais eu d’autre choix que de prendre mes quartiers dans la caserne. Dans mon ancienne chambre où j’avais durant notre formation logé avec Kay. C’était terrible de se retrouver à nouveau dans cet endroit, mais je n’avais pas eu d’autre solution.

Mes parents s’étaient éloignés de moi, sûrement par honte vis à vis de toute cette histoire. Quant aux parents de Bettina, n’en parlons même pas. Honnêtement, je ne leur en veux pas, je comprends que mon attitude et ma relation cachée avec Kay ait tous pu les choquer profondément et les dérouter. Mais parfois j’éprouve quand même de la fureur à leur égard. Car ils n’ont jamais essayé de se mettre dans ma peau et de comprendre ce que j’avais traversé.

Fort heureusement, Bettina m’avait autorisé à voir notre fils Max de temps en temps. Nous n’avions pas jugé nécessaire de porter toute cette histoire devant un tribunal et nous étions arrangés à l’amiable. Comme nous n’étions pas encore mariés, cela avait facilité les choses. Je n’avais pas voulu lui causer plus de peine que je n’avais déjà pu lui en infliger et avait accepté chacune de ses conditions. Étant donné qu’elle n’avait pas encore repris le travail, je lui envoyai toutes les semaines de l’argent afin de l’aider financièrement et à élever notre enfant.

Mais les rares fois où nous nous téléphonions, j’avais ce sentiment que quelque chose changeait en elle, comme si elle se détachait de tout. Ces dernières semaines, elle m’avait bien plus confié Max que d’habitude et prenait de plus en plus de distance vis à vis de celui-ci. Si bien que j’avais dû réclamer à mon supérieur, Werner Brandt, un changement de logement afin de pouvoir accueillir mon fils. Je m’étais donc retrouvé dans un appartement ailleurs dans la caserne, plus spacieux, et, fort heureusement, sans avoir à débourser un centime de plus. Je voulais le meilleur pour mon fils. Il était tout ce qui me restait désormais. Mon ancre dans ce monde.

Par chance, ma relation passée avec Kay a pu rester plus au moins cachée grâce à Frank, le mari de la sœur de Bettina, Claudia. Il est le seul qui a su montrer un semblant de compréhension face à ma situation, et pour cela je lui serai toujours redevable, même si je lui en ai au début voulu d’avoir révélé à Bettina ma relation cachée avec Kay.

Le jour où cet enfoiré de Gregor Limpinski, membre de mon unité, a aussi découvert mon secret, où je lui ai avoué à demi-mot mon aventure avec Kay, il avait très mal réagi, allant jusqu’à me blesser avec sa matraque. Sans l’intervention de Frank, Gregor m’aurait probablement battu jusqu’au sang, de rage. S’il avait été jusque là, je n’aurais rien fait pour me défendre. Tout simplement car je considérais que je méritais cela. C’était ma punition. Pour avoir laissé s’échapper tout le monde autour de moi. Pour ne pas avoir dit la vérité à Bettina plus tôt. Pour ne pas avoir préservé notre famille. Pour avoir laissé Limpinski tabasser Kay quand celui-ci a appris qu’il était gay. Pour ne pas avoir pris Kay dans mes bras. Pour ne pas l’avoir protégé de cette brute.

Limpinski fut aussitôt renvoyé de l’unité pour faute grave suite à notre altercation, et muté dans une autre ville. Frank s’était finalement décidé à rapporter le problème au chef de l’unité, Werner, qui avait menacé de rayer définitivement Gregor Limpinski de la police si celui-ci dévoilait quoi que ce soit après sa mutation. Je n’avais jamais plus entendu parler de lui depuis, et je dois avouer que j’en étais soulagé. J’avais déjà bien assez de problèmes à régler. Me mettre à dos les autres collègues n’aurait fait que rajouter un fardeau de plus à mon calvaire, et je crois qu’alors c’est moi qui aurais quitté l’unité, et non Limpinski. Finalement, le départ de Gregor fut un apaisement pour le reste de l’équipe. Nos liens à tous s’étaient resserrés. Une certaine tension avait disparu.

Cela fait désormais une petite heure que je sillonne les bois. Je m’arrête pour faire une pause et boire un peu d’eau. L’endroit où je me trouve donne sur une jolie clairière. C’est ici-même que Kay m’avait fait fumer un joint pour la deuxième fois. C’est aussi là qu’il m’avait embrassé pour la première fois, en faisant semblant de partager une bouffée de fumée avec moi. Il m’avait alors dit que c’était une blague, mais j’avais tout de suite su que c’était faux, car, sans le savoir, il avait allumé en moi l’étincelle qui allait tout changer. C’était vraiment ce qui s’appelait jouer avec le feu.

Je me remets en route, puis continue de courir pendant une demi-heure. Enfin, épuisé, je reprends la voiture et rentre jusqu’à la caserne.

Musique du Chapitre


J’ai voulu ajouter cette musique car je trouve que les paroles de Wo Bist Du sont très jolies et correspondent plutôt bien au thème de ce premier chapitre, entre tentative d’aller de l’avant et souvenirs.